BOUCLIER À ÉBLOUISSEMENT STROBOSCOPIQUE : QUELLE PLACE DANS LE MAINTIEN DE L’ORDRE ?

BOUCLIER À ÉBLOUISSEMENT STROBOSCOPIQUE : QUELLE PLACE DANS LE MAINTIEN DE L’ORDRE ?
Le maintien de l’ordre évolue avec les menaces auxquelles les forces sont confrontées. L’équipement du personnel suit cette évolution : protection balistique, mobilité, moyens d’observation, moyens de communication… et désormais, pour certaines configurations, des dispositifs d’éblouissement intégrés aux boucliers.
Parmi eux figure l’EDI-M – Éblouissement Défensif Intégrable Mobile, développé par la société française GEIM.
Un bouclier qui devient également un moyen d’éblouissement
Il faut être précis : ce n’est pas le bouclier qui produit l’effet stroboscopique, mais un module lumineux intégré ou fixé au bouclier.
GEIM présente l’EDI comme un système destiné notamment aux forces de Police, de Gendarmerie, aux CRS et aux ERIS, pour des situations de maintien de l’ordre, de contrôle de foule ou d’intervention « au contact ».
La version actuellement présentée par le constructeur peut comporter deux têtes d’éclairage, pour une puissance annoncée allant jusqu’à 28 000 lumens. Chaque tête est annoncée jusqu’à 14 000 lumens, avec une lumière blanche de 6500 K et un faisceau de 37°. Le dispositif peut fonctionner en éclairage continu ou stroboscopique.
Quel effet recherché ?
L’objectif n’est pas de produire un impact mécanique.
Le principe repose sur une perturbation visuelle temporaire : une source lumineuse très intense, éventuellement utilisée en mode stroboscopique, vient altérer momentanément les capacités visuelles et l’observation de la personne située face au dispositif.
Dans une situation de contact, cela peut contribuer à créer quelques instants de désorganisation perceptive, à compliquer l’observation du dispositif adverse et à préserver l’initiative des personnels protégés derrière le bouclier.
C’est donc un moyen sensoriel, et non un moyen d’impact.
Mais « non-vulnérant » ne signifie pas « sans effet »
C’est probablement l’un des points les plus importants pour les professionnels.
Une lumière très intense ou stroboscopique n’est pas neutre. Elle peut provoquer une gêne importante et doit notamment être considérée avec prudence au regard des phénomènes de photosensibilité.
Il serait donc réducteur de présenter ce système comme une simple lampe très puissante.
Son emploi doit être apprécié au regard de l’effet recherché, de la situation, de la distance, de l’environnement et des personnes exposées.
Où se situe-t-il dans la doctrine ?
C’est ici que la distinction entre technologie et doctrine d’emploi devient essentielle.
Le Schéma national du maintien de l’ordre rappelle que les principes doivent être adaptés à la situation et à l’adversité rencontrée ou anticipée. La doctrine repose notamment sur la nécessité, la proportionnalité, la gradation et l’adaptation de la réponse.
Le Code de la sécurité intérieure prévoit par ailleurs que l’emploi de la force par les représentants de la force publique doit être absolument nécessaire au maintien de l’ordre et proportionné au trouble à faire cesser ; son emploi doit prendre fin lorsque le trouble a cessé.
Le code de déontologie rappelle également que le policier ou le gendarme n’emploie la force que lorsqu’elle est nécessaire et de manière proportionnée au but à atteindre ou à la gravité de la menace.
Le dispositif lumineux ne constitue donc pas, à lui seul, une doctrine.
Il est un équipement dont la pertinence dépend de la mission, de la configuration tactique et du cadre juridique applicable.
Une évolution intéressante… mais qui mérite d’être encadrée
L’intérêt opérationnel d’un tel équipement est évident : augmenter les capacités de protection sans recourir immédiatement à un moyen produisant un impact physique.
Mais la question professionnelle n’est pas seulement :
« Est-ce que cela fonctionne ? »
Elle est aussi :
« Dans quelles circonstances, avec quel effet recherché, sur quelle population exposée et dans quelles limites doit-on l’utiliser ? »
C’est précisément cette réflexion qui permet de distinguer une innovation technologique intéressante d’un véritable outil intégré à une doctrine opérationnelle.
Dans le maintien de l’ordre comme dans toute mission de sécurité, l’équipement ne remplace jamais l’appréciation de situation, la discipline collective et le commandement.



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